Les médias annoncent la découverte du «gène de l’infidélité»

«Les femmes sont plus susceptibles de tromper leur partenaire si elles portent le« gène de l’infidélité »», rapporte le Mail Online. Ils disent que ce gène « n’a d’impact que sur les femmes ».

Le titre est basé sur une étude réalisée par des chercheurs finlandais intéressés par un puzzle évolutif de longue date: pourquoi certaines femmes trompent-elles leurs partenaires? Du point de vue de l’évolution, plus un homme a de partenaires, plus il a de chances de transmettre ses gènes. Mais comme les femmes ne peuvent avoir qu’une grossesse à la fois, l’avantage d’avoir plusieurs partenaires est moins clair (en termes strictement évolutionnaires).

Les chercheurs ont examiné plus de 7 000 jumeaux et frères et soeurs qui avaient été en couple pendant plus d’un an noueux. Des analyses comparant des jumeaux identiques avec des jumeaux ou des frères et soeurs non identiques ont suggéré qu’une partie de la variation du comportement d’infidélité observée pourrait être expliquée par la génétique.

Les chercheurs ont également découvert que certaines variations du gène codant pour un récepteur de l’hormone vasopressine étaient plus fréquentes chez les femmes ayant déclaré avoir eu des rapports sexuels avec plus d’une personne au cours de l’année précédente que chez celles ayant eu des relations sexuelles avec une seule personne. Cette association n’a pas été trouvée chez les hommes.

Cette étude a seulement trouvé une association entre les variations d’un gène et l’infidélité.

L’infidélité est susceptible d’avoir des influences complexes, et bien que cela puisse inclure une composante génétique, il est peu probable que cela se résume à un seul «gène d’infidélité».

D’où vient l’histoire?

L’étude a été réalisée par des chercheurs de l’Université du Queensland en Australie et d’autres centres de recherche en Australie, en Suède et en Finlande. Les auteurs de l’étude ont été financés par l’Australian Research Council et l’Académie de Finlande.

L’étude a été publiée dans la revue à comité de lecture Evolution and Human Behaviour (sic).

Le titre de Mail Online simplifie à l’extrême ce qui risque d’être un problème lié à des causes complexes.

L’étude ne suggère pas qu’il existe un seul «gène d’infidélité», et les auteurs eux-mêmes notent que leurs résultats sont provisoires.

De quel type de recherche s’aggissait-t-il?

Il s’agissait d’une étude transversale portant sur les raisons génétiques possibles de l’infidélité.

En termes d’évolution, avoir des rapports sexuels avec des personnes qui ne sont pas votre partenaire si vous êtes un homme augmente vos chances d’engendrer plus d’enfants et de transmettre vos gènes. Comme les femmes ne peuvent porter qu’un seul bébé à la fois, les raisons évolutives pour lesquelles l’infidélité pourrait être avantageuse sont moins claires.

Une théorie est que les femmes pourraient augmenter les «avantages génétiques» pour leurs enfants si elles tombent enceintes en ayant des relations sexuelles avec un homme qui a «des gènes de qualité supérieure» que leur partenaire. Cependant, les preuves recueillies auprès d’oiseaux socialement monogames suggèrent que cela pourrait ne pas être le cas.

Une autre théorie est que toute variation génétique qui prédispose les hommes à l’infidélité pourrait aussi prédisposer les femmes à l’infidélité. Par conséquent, si ces variations génétiques donnent lieu à une meilleure transmission des gènes d’un homme, elles existeront également chez les femmes, même si elles ne présentent aucun avantage. Les chercheurs ont voulu évaluer si cela pouvait être le cas chez l’homme.

Les méthodes utilisées dans cette étude sont couramment utilisées pour déterminer la variation d’un caractère particulier pouvant être expliquée par les gènes d’une population donnée, ainsi que les associations avec des variations génétiques particulières. Cependant, les résultats peuvent ne pas être représentatifs d’autres populations. Il n’est également pas possible de dire avec certitude si les associations identifiées causent directement ou contribuent au résultat – en particulier quand on parle d’un comportement complexe tel que l’infidélité.

Qu’est-ce que la recherche implique?

Les chercheurs ont d’abord examiné dans quelle mesure l’infidélité pouvait être expliquée par des facteurs génétiques. Ils ont ensuite examiné si les variations de deux gènes (gènes de l’ocytocine et du récepteur de la vasopressine) étaient associées à l’infidélité.

Dans leur première analyse, les chercheurs ont évalué l’infidélité chez 7 378 jumeaux et leurs frères et soeurs qui étaient dans des relations à long terme (mariés ou avec un partenaire sexuel stable depuis au moins un an). Les participants ont été interrogés sur le nombre de partenaires sexuels qu’ils avaient eu au cours de l’année écoulée, et ceux qui ont déclaré avoir plus d’un partenaire ont été considérés comme ayant été infidèles («extrapair jumelage», selon la terminologie de l’étude).

Ils ont analysé si le comportement d’infidélité était plus susceptible d’être partagé par des jumeaux identiques (qui ont les mêmes gènes) que des jumeaux ou des frères et soeurs non identiques (qui partagent seulement la moitié de leurs gènes, en moyenne). Si des jumeaux identiques partagent un comportement plus que des jumeaux ou des frères et soeurs non identiques, cela indique que la génétique pourrait jouer un rôle. Les jumeaux et les frères et soeurs sont considérés comme partageant leur environnement dans une mesure similaire.

Les chercheurs ont également cherché à savoir si les frères et sœurs frères et soeurs avaient tendance à montrer le même comportement d’infidélité. Si c’était le cas, cela pourrait suggérer que la théorie selon laquelle les gènes affectant la fidélité chez les hommes pourraient également affecter la fidélité des femmes pourrait être responsable de cette similitude.

Dans la deuxième partie de leur étude, ils ont examiné si les variations des gènes codant pour les récepteurs de la vasopressine et de l’ocytocine étaient associées à l’infidélité. Il a été observé que ces hormones et leurs récepteurs affectent le comportement de liaison par paires chez les campagnols et qu’ils sont associés au comportement social chez les humains.

Les chercheurs ont examiné 19 variations de «lettre» et deux autres variations dans et autour des deux principaux gènes d’intérêt: AVPR1A et OXTR. Les chercheurs ont également examiné 120 variations dans et autour d’autres gènes.

Quels ont été les résultats de base?

Les chercheurs ont calculé que la génétique pourrait représenter environ 62% de la variation du comportement d’infidélité chez les hommes dans la population, et 40% chez les femmes. Ils ont constaté que les frères et sœurs frères et soeurs n’étaient pas particulièrement similaires dans leur probabilité d’être infidèles à leur partenaire. Ceci suggère que les gènes qui pourraient affecter l’infidélité chez les hommes ne sont pas susceptibles d’affecter l’infidélité chez les femmes.

Ils ont découvert que les variations du gène du récepteur de la vasopressine AVPR1A étaient associées à un comportement d’infidélité chez les femmes, mais pas chez les hommes. Les variations du gène du récepteur de l’ocytocine (OXTR) n’étaient pas associées à un comportement d’infidélité chez les deux sexes.

Comment les chercheurs ont-ils interprété les résultats?

Les chercheurs concluent qu’ils « ont trouvé des influences génétiques significatives représentant environ la moitié de la variation de l’accouplement extrapair dans les deux sexes, confirmant les fondements biologiques du comportement ». Ils notent que l’association AVPR1A qu’ils ont trouvée « devrait être considérée comme provisoire jusqu’à ce qu’elle soit soumise à une réplication rigoureuse ».

Conclusion

Cette étude a suggéré qu’il pourrait y avoir une influence génétique sur les variations du comportement d’infidélité. Il a également identifié des variations dans un gène pour AVPR1A qui étaient liées à l’infidélité chez les femmes, mais pas chez les hommes.

Les limites de cette étude sont les suivantes:

Les chercheurs notent que certains de leurs résultats ne sont pas très précis (ont des intervalles de confiance larges) car l’infidélité était relativement rare.

Certaines conclusions concernant les deux gènes (AVPR1A et OXTR) différaient de ce que l’on pouvait attendre, en se basant sur les résultats de certaines autres études sur les comportements apparentés, tels que le lien de la paire sociale.

De nombreuses études ont trouvé des associations entre les variations génétiques et les comportements complexes qui n’ont pas été confirmées dans des études ultérieures.

Une association ne signifie pas nécessairement qu’un facteur entraîne l’autre.

L’infidélité est susceptible d’avoir des influences complexes, et bien que cela puisse inclure une composante génétique, il est peu probable qu’elle se résume à un seul «gène d’infidélité», comme suggéré par les médias.

Comme le notent les auteurs eux-mêmes, les résultats devraient être considérés comme provisoires jusqu’à ce qu’ils soient confirmés.

L’étude peut intéresser les biologistes évolutionnistes, mais cela ne signifie pas que vos gènes sont une excuse pour l’infidélité (surtout dans la semaine suivant la Saint-Valentin).